Bondy : l’hôpital se vide de ses services, les personnels s’inquiètent

Bondy, France

Un nouveau service s’en va. Ce lundi, le service d’endocrinologie de l’hôpital Jean Verdier de Bondy a été transféré à l’hôpital Avicenne de Bobigny, en Seine-Saint-Denis, qui fait partie du même groupe hospitalier, au sein de l’assistance publique – hôpitaux de Paris (AP-HP). Un déménagement qui fait suite au départ de la chirurgie, de la cancérologie et de la stérilisation et qui sera suivi, en 2019, de l’hépatologie et de la radio interventionnelle, puis d’ici 2024, selon les syndicats, de la maternité. Déjà mobilisés il y a un an contre ce projet de regroupement, les syndicats dénoncent un hôpital vidés de ses activités essentielles.

Des services qui quittent Bondy pour l’hôpital Avicenne, à Bobigny

« On essaie de nous rassurer en nous disant qu’on va faire une autre sorte d’hôpital avec des consultations, on va donc shunter tous ces lits de consultation mais le problème c’est ce qu’on fait des patients qui arrivent aux urgences et qui ont besoin d’un lit! » s’insurge Claudine Thioux, infirmière et déléguée du syndicat Sud Santé, à Jean Verdier.

Yvan Rougier, porte parole du comité de défense de l’hôpital public Jean Verdier, constitué en début d’année, fréquente régulièrement la consultation du service d’endocrinologie (restée ouverte, seuls les lits d’hospitalisation ont été déménagés). Pour lui, ces départs de services vers Bobigny sont une erreur : « quand je viens en consultation, je vois des gens qui sont incapables de se déplacer » raconte-t-il  : « aller à Avicenne pour eux, c’est une galère, c’est un chemin de croix« . 

Dans 10 jours, il compte accrocher des banderoles le long de la nationale 3 pour dénoncer ces départs de service. La pétition lancée en début d’année a déjà recueilli selon lui plus de 9000 signatures, dont près de 3000 en ligne. Le conseil municipal de Bondy avait adopté en mai un vœu pour s’inquiéter du sort de l’hôpital Jean Verdier. Fin octobre, le sénateur socialiste Gilbert Roger a écrit à la ministre de la Santé pour l’alerter sur la situation, dénonçant un hôpital qui « se meurt« .

« L’hôpital de Jean Verdier ne ferme pas, il se transforme »

Mais pour la direction de l’établissement, ces regroupements de services, à Bobigny, répondent aux besoins des patients, pour développer les consultations, en partenariat avec la médecine de ville. « L’hôpital de Jean Verdier ne ferme pas, il se transforme et développe un projet ambulatoire universitaire innovant » défend Didier Frandji, le directeur des hôpitaux universitaires Paris Seine-Saint-Denis (qui regroupent Bondy, Bobigny et l’hôpital René Muret de Sevran). 



Il met en avant le « maintien d’une activité de soins mais qui est différente », avec des services de consultations de spécialités. La semaine prochaine, ouvrira un service de médecine du sport pour « prendre en charge la maladie du sportif et le soin par le sport de l’ensemble des populations« . 

« Le personnel s’en va et on ne le retient pas »

De leur côté, personnels et syndicats dénoncent un hôpital qui se vide. « Lorsqu’on ferme des services et qu’on pousse en disant aux médecins qu’on va transformez l’hôpital en consultations, moi, si je suis médecin, je ne reste pas » détaille Sylvie Bouvier, de la CGT. 

Les syndicats dénoncent une stratégie pour faire fuir les personnels, la direction dément

« On est en burn-out, fatigués, épuisés » dénonce pour sa part Brigitte Dacquet, infirmière en néonatologie et membre du syndicat Sud, pour qui les conditions de travail sont volontairement dégradés par la direction. « Le personnel s’en va, et on ne le retient pas : moins il y a de personnel, si on n’est pas en nombre, plus les lits vont se fermer au fur et à mesure » ajoute-t-elle. 

« Il n’y a aucune volonté managérialle de faire fuir les personnels » dément Didier Frandji, qui reconnaît toutefois des difficultés pour le recrutement de certains médecins : « la problématique de l’attractivité des personnels est malheureusement celle d’un territoire en difficulté et nous essayons de nous battre avec les armes que nous avons« .

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